[ muZik ] -Massive Attack-

[ muZik ] -Massive Attack-
Massive Attack !!!

Biographie

Les trois membres de Massive sont tous issus du même collectif de DJ et de musiciens: la Wild Bunch. Apparue au milieu des années 80 à Bristol, ce groupe se fait rapidement connaitre pour ses soirées organisées dan le ghetto jamaïcain de la ville. Ces fêtes, qui puisaient leur force dans la richesse et la diversité des styles musicaux appréciés par ses DJ, mélangeaient avec style le hip-hop, le reggae, la musique de film, le dub, la soul, la new-wave, le punk... Pour Daddy G, la réelle force de la Wild Bunch était de "passer une musique sombre, avec des rythmes lancinants, alors que partout ailleurs la musique était festive et rapide."

Le premier véritable disque de M.A. est le single Any Love en 1988, produit par le duo de Bristol Smith & Mighty (aujourd'hui quasi-introuvable, sauf une version 2 sur le maxi de Safe From Harm). Puis arrive le premier album chez Circa en 91, un gros label indépendant. Si Blue Lines est une revolution musicale, il ne rencontre pas tout de suite le succès escompté. La légende veut que c'est après avoir été contraints de se rebatiser Massive pendant la Guerre du Golf que le groupe aurait été remarqué.

Après le succès colossal de Blue Lines, Shara Nelson, leur chanteuse principale, décide de faire carrière en solo. On croit rapidement à une mort rapide pour le combo de Bristol, mais c'est sans compter sur le renfort de Tracey Thorn et Nicolette. Ces deux nouvelles chanteuses apparaissent ainsi sur le second album, intitulé Protection, qui sort en 1994.

A aucun moment le succès ne quitte les trois acolyte, et 1998 voit l'arrivée de Mezzanine, où les chanteuses sont désormais Sara Jay et Liz Fraser. Ce nouvel album est plus sombre et torturé, s'inspirant par moment de la new-wave.

En septembre 99, Mushroom prend la décision de quitter le groupe pour désaccord sur la direction musicale à prendre. Ses inspirations hip-hop et soul n'étant vraiment plus en phase avec les penchants rock de Mezzanine.

Même si l'avenir du groupe reste incertain (l'entente semble plus difficile qu'auparavant, comme en témoigne le départ de Mushroom), on est en droit d'attendre encore beaucoup de ces artistes talentueux.

Mon avis: un groupe que j'affectionne aprticulièrement, j'adore Massive Attack !

# Posté le samedi 07 janvier 2006 17:40

Modifié le mercredi 27 juin 2007 14:03

¤ Lecture ¤ -Geisha-

¤ Lecture ¤ -Geisha-
Geisha
de Arthur Golden


Yoroido : un modeste village de pêcheurs dans le Japon des années trente. La petite Chiyo-chan y coule une enfance pauvre mais heureuse entre ses parents et sa grande soeur, Satsu. Mais un cancer ronge en silence les os de sa mère, sur le point de mourir. Le père est si vieux et déjà si perdu qu'il accepte la proposition de M. Tanaka. Les deux jeunes filles partent bientôt pour Kyoto, parmi d'autres enfants vendus. Chiyo-chan est si belle avec ses yeux d'eau "comme si quelqu'un y avait percé un trou et que l'encre avait coulé" qu'on l'emmène dans une école de geishas. Elle deviendra Sayuri, l'une des geishas ou courtisanes les plus appréciées de la ville, excellant dans l'art du chant, de la danse et de l'amour, maîtrisant parfaitement la science de la toilette et du thé.

Arthur Golden signe un étonnant roman aux allures de récit d'aventures et d'initiation, riche en métaphores poétiques. Rédigé sous la forme de mémoires, il prend valeur de document en nous plongeant dans les rituels, la pensée et l'imaginaire de ce pays du Soleil levant. --Laure Anciel


Quatrième de couverture
À neuf ans, dans le japon d'avant la Seconde Guerre mondiale, Sayuri est vendue par son père, un modeste pêcheur, à une maison de plaisir de Kyoto. Dotée d'extraordinaires yeux bleus, la petite fille comprend vite qu'il faut mettre à profit la chance qui est la sienne. Elle se plie avec docilité à l'initiation difficile qui en fera une vraie geisha.

Art de la toilette et de la coiffure, rituel du thé, science du chant, de la danse et de l'amour : Sayuri va peu à peu se hisser au rang des geishas les plus convoitées de la ville. Les riches, les puissants se disputeront ses faveurs. Elle triomphera des pièges que lui tend la haine d'une rivale. Elle rencontrera finalement l'amour...

Écrit sous la forme de mémoires, ce récit a la véracité d'un exceptionnel document et le souffle d'un grand roman. Il nous entraîne au coeur d'un univers exotique où se mêlent érotisme et perversité, cruauté et raffinement, séduction et mystère.

# Posté le dimanche 01 janvier 2006 18:08

Modifié le mercredi 27 juin 2007 14:03

[ Film ] -Dancer in the Dark-

[ Film ] -Dancer in the Dark-
Dancer in the Dark

site officiel
Date de sortie : 18 Octobre 2000
Réalisé par Lars von Trier
Avec Björk, Catherine Deneuve, David Morse
Film suédois, danois, finlandais, islandais, allemand, néerlandais, français, américain, britannique, norvégien.
Genre : Comédie musicale, Drame
Durée : 2h 19min.
Année de production : 2000

Résumé

Selma Jezkova, emigrée tchèque et mère célibataire, travaille dans une usine de l'Amérique profonde. Elle trouve son salut dans sa passion pour la musique, spécialement les chansons et les danses des grandes comédies musicales hollywoodiennes. Selma garde un lourd secret : elle perd la vue et son fils Gene connaîtra le même sort sauf si elle réussit à mettre assez d'argent de côté pour lui payer une opération. Quand un voisin aux abois accuse a tort Selma d'avoir volé ses économies, le drame de sa vie s'intensifie pour se terminer en final tragique.


Ce que j'en pense... Tout le long du film j'ai été émue, littéralement scotchée par Selma, sa maladie, son courage, son émotion, sa douceur, sa gentillesse, sa voix. Tout, j'aime ce film.


Critique

Ce film mériterait incontestablement la Palme d'Or. La charge émotionnelle qu'on ressent juste avant, pendant et surtout après le film est suffisamment rare pour être souligné, récompensé.
Lars Von Trier, avec toute sa maestria, a su manipuler nos sentiments, en jouant avec ses outils cinématographiques, sans forcément respecter les codes moraux du cinéma. Car il n'y a rien de conventionnel dans Dancer in the Dark, film tourné en vidéo numérique, de manière libre et parfois improvisée, et qui donne un aspect de super 8 familial très bien monté.
Tout commence avec une immersion dans le noir de la salle. La musique. Une symphonie qui transporte tous les spectateurs. "Share the experience Lars Von Trier", ça pourrait s'appeler. Nous allons participer à une aventure commune où la fin ne vous sera pas révélée, à la demande du cinéaste.
A partir d'un scénario précis, plein de rebondissements, de tensions, LVT raconte l'histoire d'une femme, d'une victime dans un contexte social ouvrier, avec un thriller en toile de fond. Le tout sous forme de drame musical. Il nous manipule dès le début en nous faisant croire à un making of hilarant où l'on assiterait aux répétitions. Jusqu'au moment où Deneuve fait "ouarf" sous la direction d'un metteur en scène fictif. L'actrice est une fois de plus admirable dans un autre registre, entre sensations brutes et sarcasmes drôles. La chimie opère étonnament bien avec Björk, petit elfe timide et secret, parfaite pour le rôle.
Von Trier reste cohérent avec sa filmo et clôt sa seconde trilogie avec un personnage aveugle, trop gentil, et touchant. Il y a une sorte de fatalité, voire de fatalisme qui habite cette maman prête aux sacrifices et culpabilisant d'avoir voulu être mère (alors que son fils allait aussi devenir aveugle). Il y a aussi une petite stupidité (qu'elle avoue au travers d'une chanson) née de sa gentillesse et son honnêteté, la conduisant vers des situations impossibles. Pour s'en sortir, elle danse virtuellement dans une comédie musicale. L'importance du film comme facteur du rêve, où comment les comédies musicales (ici Von Trier colore et trafique l'image pour donner un sentiment d'irréalité) sont là pour nous évader d'une sordide réalité.
La mise en scène de Von Trier, quant à elle, plus qu'efficace, n'a pas beaucoup changé : des plans saccadés, des découpages calculés (ex : la scène post-meurtre, près de la rivière), une caméra qui filme à l'épaule, cadrant les visages au hasard... et puis des chorégraphies dignes des clips vidéos du moment et des comédies musicales d'antan. Une véritable harmonie artistique entre les décors, les musiques, et l'image. Le plaisir augmente au fur et à mesure, parce que le suspens s'installe, mais aussi parce que chaque morceau de musique est attendu. Mélangeant la légéreté des apparences et la gravité des situations, il lorgne vers un Demy désenchanté en signant une tragédie plus proche de l'opéra que de la comédie musicale des années 30-40 made in Hollywood.
Ne serait-ce qu'utiliser la musique de Björk était une grande idée - intemporelle. Entre sons des années 90 et histoire des années 60, Dancer in the Dark est une vision onirique, lyrique, profondément européenne sur une société américaine et plutôt violente (c'est même sanglant quand il penche du côté hollywoodien : meurtre, procès, matérialisme, mensonges...).
Ce grand film, spectaculaire, entre évasion et émotion, flirtant avec les références, les genres et les décennies, est un vibrant hommage au cinéma, et au plaisir qu'il peut procurer quand il ose tout, y compris l'impossible. Rencontre incroyable de plusieurs talents qui ont chacun marqué leur époque, Dancer in the Dark nous brise contre des rochers avec son final, soudain et poignant. Silencieux.
Il ne nous reste alors plus que les larmes.

Vincy

# Posté le dimanche 01 janvier 2006 17:49

Modifié le mercredi 27 juin 2007 14:03

| Artiste | -Dali-

| Artiste | -Dali-
Salvador Dali ( partie 6 )

Les grands thèmes

Les béquilles


« Chaque dalinien devrait posséder sa béquille personnelle comme une baguette magique ».
Dès son plus jeune âge, Dali adopta la canne comme objet de jeu issu d'un costume de Roi Soleil qui progressivement devint un élément indispensable de son pesonnage. Pour lui, elle a toujours incarné l'autorité, le mystère et la magie. Il transcende ce simple objet en un véritable totem de puissance et de pouvoir, vecteur d'assurance et d'arrogance.
« La béquille figure d'abord la réalité, la fixation au sol du réel qui garde en équilibre le monstrueux développement de la sexualité cérébralisée et de l'intelligence imaginative gonflée de sexuel ». Elle est un « contenant tenu en même temps que contenu » dont la signification vécue vient de lointains souvenirs d'enfance où la béquille a joué pour Dali un rôle de gloire, d'amour et de mort.
La canne/béquille est l'élément central du fétichisme dalinien. L'aspect sexuel de l'objet n'est pas non plus négligeable.

Le mou et le dur

En opposition par nature, ce concept illustre bien la dualité du personnage Dali. Le mou, c'est la déliquescence, la putréfaction, la mort, le temps qui passe (persistance de la mémoire). Le dur c'est la stabilité, illustré par les rochers de Port Ligat, refuge et lieu de rêveries.


Les paysages

« La nature aime se cacher».
Une des constantes d'un tableau peint par Salvador Dali est la place prépondérante du paysage . Imagerie rassurante de son enfance, les rochers du cap de Creus ou de port Ligat, lieu où il vécut toute sa vie, ne cesseny d'être un sujet d'inspiration pour l'artiste. Ces structures contortionnées offrent un spectacle sans cesse renouvelé laissant à l'imagination humaine une interprétation changeante.
Au gré du temps, la nature se transfigure et se métamorphose à vue d'oeil.


La peinture et la mathématique

Fasciné par les sciences en général et toutes les découvertes majeures de son temps (bombe atomique, ADN, cybernétique), Dali redécouvre, à partir des années 40, les lois mathématiques qui régissent l'équilibre, le beau, la proportion divine, le Nombre d'Or.
Ce nombre d'or (1,618) se retrouve dans le rapport des longueurs des surfaces et des formes. On trouve ces calculs dans l'élaboration des pyramides Keops, du Parthénon, et la peinture de la renaissance italiennne (Raphaël, Leonard de Vinci).

Obsession de la corne de rhinocéros

Grâce à sa méthode paranoïa-critique, dans les années 50, Dali découvre un nouveau centre d'intérêt artistique : la corne de rhinocéros. D'une symbolique sexuelle évidente (aphrodisiaque, puissance), Dali se prend de fascination pour cette animal et son attribut mystique, et lui découvre des vertus de proportion divine. En analysant son cheminement artistique et social, Dali constate que très jeune il fut stimulé par la présence de cet animal (adoration pour une table en ivoire, adoration de la canne au pommeau d'ivoire de rhino comme élément fétichiste, croyance mystique, sceptre de pouvoir). Dans son oeuvre, il retrouve également la présence constante de cette forme géométrique.

Les grands concepts

La mort et les éléments terrorisants
Iconographie


Les sauterelles, les fourmis, le sang et les excréments sont pour Salvador Dali des éléments terrorisants. Loin d'en être fasciné ou d'en faire l'apologie, ces parties de son iconographie surréaliste des années 20 représentent tous les vecteurs de sa folie qui ont failli le terrasser dans sa jeunesse. Le spectre de la mort omniprésent, transfiguré dans des images d'insectes, de putréfaction, de formes molles, ne sont qu'un ensemble d'expérience morbides mal digérées de son adolescence.
L'une des premières expériences vraiment traumatisantes et décisives dans l'attitude et l'évolution psychologique de Salvador touche son rôle au centre même de la cellule familiale.
Dès son plus jeune âge, Dali fut confronté à un problème d'identité profond. Seulement 9 mois avant sa naissance, son frère idôlatré par la famille, prénommé lui aussi Salvador et à peine âgé de 21 mois, mourait d'une gastro-entérite infectieuse. Il est facile de comprendre toute la force du message, une naissance 9 mois après le décès d'un enfant. Dali s'est très longtemps considéré comme le remplacant d'un fils parfait, son double et son usurpateur à la fois, chargé de faire oublier la mémoire de son aîné. Ce poids psychologique énorme va conduire Dali à des excès qui le suivront toute sa vie et qui vont progressivement devenir son modus operandis et la clé de son succès.
La mort suit Dali tout le long de sa carrière et reste une préocupation contestante. La mort de sa mère en 1921 et de ses amis artistes, Garcia Lorca fusillé au début de la guerre d'Espagne et le suicide de René Crevel, poète surréaliste, sont d'autant d'éléments traumatisants rappelant la destinée de l'homme. Fasciné par les sciences, il ira même jusqu'à envisager de se faire cryogéniser, en attendant que la médecine ait vaincu la mort.
Afin d'exorciser ses peurs, Dali crée un délire contrôlé qui lui donne l'avantage sur ses terreurs et permet d'émouvoir les autres. Lorsqu'il peint, Dali filme son subconscient et son conscient. Ses tableaux sont profondément autobiographiques.
Ses toiles avec comme fond d'écran le paysage de sa jeunesse lèvent le voile sur les drames de son existence.

La méthode paranoïa critique

Avec la rencontre de l'amour de sa vie et, par là même, la canalisation progressive de tout ses troubles psychologiques, Dali, dès 1930, va définir une méthode de création qui lui restera propre durant tout sa vie.
Dali fait porter son attention sur les mécanismes internes des phénomènes paranoïaques et envisage la possibilité d'une méthode expérimentale basée sur les associations systématiques propres à la paranoïa. Cette méthode devait devenir par la suite la synthèse délirante-critique qui porte le nom d'« activité paranoïa-critique ». Dans La conquête de l'irrationnel (1935), il la définit comme « un délire d'association interprétative comportant une structure systématique. L'activité paranoïa-critique est en fait une méthode spontanée de connaissance irrationnelle basée sur l'association interprétative-critique des phénomènes délirants. La présence des éléments actifs et systématiques propres à la paranoïa garantit le caractère évolutif et productif propre à l'activité paranoïa-critique. Cela ne suppose pas l'idée de pensée dirigée volontairement, ni de compromis intellectuel quelconque. L'activité critique intervient uniquement comme liquide révélateur des images, associations cohérentes systématiques. L'activité paranoïa-critique est une force organisatrice et productrice de hasard objectif. C'est l'organisation systématique-interprétative du sensationnel matériel, expérimental, surréaliste, épars et narcissique.»

« Matérialiser avec la plus impérialiste rage de précision les images de l'irrationalité concrète, qui provisoirement ne sont pas explicables ni réductibles par les systèmes de l'intuition logique, ni par les mécanismes rationnels. »
Dali coordonne son inconscient et systématise et domine son délire par l'analyse. Donc, pour pénétrer l'oeuvre de Dali, il est impossible de faire abstraction des mécanismes particuliers qui régissent sa pensée pour rendre cohérent et continu son cheminement artistique. Il s'impose sans cesse une gymnastique mentale intense tout en exerçant un contrôle sur les obsessions destructrices latentes qui saturent son esprit.

´ Aucun désir n'est coupable, il y a faute uniquement dans leur refoulement '
´ Les désirs que je considère les plus nobles sont ceux que je considère comme les plus humains c'est à dire les plus pervers. '

# Posté le jeudi 29 décembre 2005 13:52

Modifié le mardi 26 juin 2007 09:04

| Artiste | -Dali-

| Artiste | -Dali-
Salvador Dali ( partie 5 )

Sa vision du surréalisme

Pour Dali, l'art ne se limite aux arts plastique ou l'écriture, il doit envahir la vie et se mêler de tout. C'est un art de vivre, ce qui fait de Dali un surréaliste de tous les instants. Son art déborde du cadre classique de l'art. Il étend son champ d 'investigation à tous les domaines de la création. Il crée des objets, des décors de théatres, de ballets mais aussi des vitrines de grands magasins, s'improvise rédacteur en chef de Vogue pour un numéro, il joue avec la mode, crée des robes, des chapeaux, des parfums, etc.

Toutes ces déclinaisons de son art représentent une manière agréable de canaliser son surplus d'énergie créatrice, de manière intelligente et lucrative. Cela lui permet aussi de sortir de son monde solitaire contrôlé par Gala qui le contraint à produire toujours plus.


Le Personnage Dali ou l'art de communiquer

Dali est sans conteste l'artiste moderne le plus en adéquation avec son art. Une attitude en parfaite cohérence avec son oeuvre. C'est l'art de l'exagération et de la provocation par essence.
Très tôt, Salvador Dali s'est imposé comme un provocateur né. C'est sa deuxième nature, comme un moyen d'affirmation de soi mais aussi comme un système d'attaque et donc de défense. Paradoxalement Salvador Dali était une jeune homme timide et mystérieux. Jouant des tours à ses parents et aux domestiques dès sa plus tendre enfance, progressivement Dali prit le parti d'être différent des autres, se voulant unique afin d'effacer le souvenir de son frère.

À la petite l'ecole, il était perçu comme un faible. Issu d'une famille bourgeoise, son père l'avait placé dans une école communale avec les « enfants du peuple ». Salvador fut mis à rude épreuve et découvrit ses premières phobies : les sauterelles que les enfants lui jetaient et qui provoquaient chez lui des crises de démence.

À l'École des Beaux Arts de Madrid, après une longue période de solitude, Dali, un peu malgré lui, réussit à se socialiser, passant du stade de l'animal curieux à l'égérie de l'académie, centre d'attraction des jeunes artistes. En effet, au-delà de son apparence extérieure non conventionnelle (cheveux longs, allure efféminée, longue cape et canne à la main), Dali démontra très tôt des dons exceptionnels pour la peinture et une connaissance pointue des oeuvres modernes avant-gardistes suscitant l'admiration des autres élèves. Avec ses nouveaux amis, comme Luis Bunüel ou Garcia Lorca, il va développer un état d'esprit contestataire en parfaite adéquation avec les mouvements artistiques modernes de son époque (les futuristes, les cubistes, les dadaïstes, etc.). Cependant, il faudra attendre l'intervention constructive de Gala pour voir apparaître le vrai Dali, sûr de lui et démentiel qui ne laissera plus personne indifférent.

Dali, tout au long de sa vie, s'est efforcé de forger lui même son mythe et de camper son personnage à un niveau excessif. En 1923, ayant provoqué des troubles à l'université en contestant violemment la capacité de ses professeurs à le noter, Dali est expulsé pour un an. Durant la même année, il est accusé d'avoir brûler le drapeau national et emprisonné 35 jours pour motifs politiques - plus ou moins démontrés - ce qui fait de lui un héro régional au grand déshonneur de son père.

En 1926, il est définitivement expulsé de l'académie pour avoir contesté la nomination d'un nouveau professeur, ruinant ainsi tous les espoirs de son père de voir son fils devenir enseignant.

Lentement, l'élève timide, au contact de ses aînés surréalistes, s'affirme comme un leader tenace mais aux motivations très individualistes. Plus tard, son goût de l'opposition systématique l'opposera souvent violemment au pape des surréalistes, André Breton, jusqu'à se faire exclure du mouvement surréaliste en 1939.

Le mode d'ordre est clair : il faut scanDALIser, créer l'effet de surprise, refuser tout compromis politique, religieux, social. Dali a compris que la conquête du succès passe par l'esbrouffe et qu'il faut être remarqué, sortir du lot, jouer avec l'effet de surprise et l'inattendu. Sa vie en société est un perpétuel happening.

« L'unique chose dont le monde n'aura jamais assez est l'exagération ».

Avec l'expérience, Dali est devenu un communicateur hors pair maîtrisant son personnage, l'art de la mise en scène, dramatisant la moindre de ses communications. En bon publiciste, il lance des slogans, des théories. il s'est forgé une image, un look, un langage à l'accent pointu.
Il assume ses fantasmes et son culte de l'argent. Il adopte des positions politiques ambiguës à tendance monarchiste. C'est un artiste mais il fréquente la noblesse, reniant et trahissant sa caste (bourgeoisie) et son environnement artistique (anarchistes communistes).

Il joue le contrepied en permanence. Il se dit le seul surréaliste, mais prône le retour au classicisme de la renaissance et développe une iconographie religieuse dans les années 40-50.

Dali est excessif : son amour pour Gala, ses relations familiales, ses positions politiques, les critères de son art, son interprétation de l'histoire, ses opinions sur les autres artistes, sur la science, tout est excessif même dans ses manifestations extérieures.

Armé d'une ambition immodérée, il se veut éternel. Cependant, il faut voir au-delà de l'excentricité du personnage un homme prodigieusment doué qui recherche par tous les moyens, avec obstination, à communiquer son message :
« rendre visible l'invisible, l'autre face de nous-mêmes et de l'univers ».

Dali était très instruit et fasciné par la science, la philosophie et la psychologie. Très conscient de ces actes, il a su mêler tous ces éléments pour devenir l'artiste absolu de la décennie.


Quelques éléments caractéristiques

La technique


Durant ses années d'études dans différentes écoles d'art, Dali acquit des connaissances solides et une maestria technique qui lui permit de jouir de toutes les ressources esthétiques de la tradition classique, tout en laissant parler les forces les plus secrètes de son subconscient.
« Commence par apprendre à dessiner et à peindre comme les anciens maîtres » dit-il, « tu pourras ensuite faire comme tu voudras, chacun te respectera ». « Pas de chef-d'oeuvre dans la paresse ! ».
La force de Salvador Dali est qu'il ne cessa jamais d'expérimenter de nouvelles techniques de peinture, par exemple le boultisme dans les années 50, projection de peinture sur la toile à l'aide d'une arcbuse, mais aussi de constamment revenir aux sources de la peinture en étudiant assidûment les grands maîtres. Faire table rase du passé oui, mais après l'avoir assimilé...
En 1948, il livre au monde au travers son livre « 50 secrets magiques » l'ensemble de ses expériences majeures sur sa technique, synthétisant 20 années apprentissage.
Salvador Dali était doté d'une curiosité universelle, ce qui le rapproche beaucoup des artistes de la Renaissance comme Léonard de Vinci. « Les mâchoires de mon esprit sont en mouvement perpétuel ».

Les influences

Dès l'âge de 13 ans, il se disait peintre impressionniste, c'est-à-dire anti-académique et révolutionnaire. Pour réinventer ce style, Dali s'est créé un instrument, un bouchon dépareillé de carafe en cristal à travers lequel tout devenait impressionniste.
Dès son plus jeune âge, grâce à une éducation familiale libérale, il découvre les oeuvres des grands maîtres de la renaissance mais aussi des peintres avant-gardistes de son époque (ointillites, futuristes, cubistes). Ses tableaux de jeunesse sont empreints de techniques issues des artistes tels que Picasso (reprise de ses thèmes et formes) et Juan Gris.
C'est à la fin des années 20 et durant les années 30 que le style surréaliste dalinien va s'affirmer pour devenir reconnaissable au premier coup d'oeil grâce a une iconographie répétitive et choquante.
« Tout influe sur moi, rien ne me change ».
En vieillissant, Dali se veut le seul et unique vrai peintre surréaliste et n'est pas tendre pour ses confrères qu'il considère pour la plupart comme des barbouilleurs sans technique. Seul Picasso, qu'il a soignement étudié dans les années 20, lui semble de sa trempe.

Dans les années 40, la peinture de Dali semble prendre un tournant majeur, laissant figurer l'abandon du surréalisme pur tel qu'il l'avait développé durant les 15 dernières années.
Suite à une visite des grands musées en Italie, Dali redécouvre l'art des grands maîtres, la Renaissance. Tout comme son compatriote espagnol Vélasquez 500 ans auparavant, il va étudier les techniques révolutionnaires et excessivement complexes de la peinture du 15ème siècle.

Mais pourquoi, au-delà du challenge technique, Dali est-il attiré par cette époque ?

En fait, Dali se sent très proche de coeur et d'esprit des génies de ce temps des lumières. Au XV siècle, l'Italie vit une révolution psychologique qui va influencer artistiquement progressivement tout le vieux continent. Les mouvements humanistes désireux de redécouvrir la culture de l'antiquité (études grecques), mais aussi assoiffés de savoir et de liberté prennent le pas sur la culture dominante rétrograde du moyen âge.

« L'Homme se différencie du barbare par sa culture, seul le savant est vraiment un homme ». Rabelais

La Renaissance est une période de recherche et de grandes découvertes - l'Amérique, l'imprimerie, la comptabilité - où les idées de liberté et la foi dans la loi naturelle sont valorisées.
Sur le plan des arts, la Renaissance représente une révolution dans la conception de l'espace plastique et des rapports de l'homme et de la nature. La découverte des règles de la perspective et des proportions mathématiques bouleversent la représentation figurative.
L'esprit Renaissance dans tout son aspect «fièvre intellectuelle» fascine Dali. Au regard de l'évolution contemporaine de la technologie - la fission de l'atome, la recherche spatiale, la cybernétique - Dali semble revivre cette sensation d'accélération.
En regardant de proche l'évolution artistique de Salvador Dali, on ne peut s'empêcher de faire un parallèle avec les grands peintres de cette époque (Vélasquez, L. de Vinci, Raphael, Veermer). Dali semble attiré par ces peintres, proches des hommes influents (cour du roi, noblesse, pape), et par certains aspects reproduit ce meme schéma quant il peint la haute noblesse américaine et les puissants du monde contemporain (posture classique, à cheval, etc.).
[ Ajouter un commentaire ] [ Aucun commentaire ]

# Posté le jeudi 29 décembre 2005 13:43

Modifié le mercredi 27 juin 2007 14:03